Un geste de refus lors d'une soirée controversée
À la Berlinale 2026, une cérémonie parallèle destinée à honorer le cinéma engagé s'est muée en terrain de confrontation sur les liens entre création artistique, engagement politique et devoir moral. Durant le Cinema for Peace Gala de Berlin, la cinéaste tunisienne Kaouther Ben Hania a décidé de rejeter la récompense décernée à son œuvre La Voix de Hind Rajab, primée comme "Film le plus précieux".
Cette décision intervient à l'issue d'une soirée au cours de laquelle l'événement a également distingué Noam Tibon, général de division israélien à la retraite et figure centrale du documentaire canadien The Road Between Us, qui a reçu une distinction honorifique. Le film lui-même figurait parmi les titres reconnus dans la catégorie Justice. Dans la salle se trouvaient notamment Hillary Clinton et l'acteur Kevin Spacey, selon les témoignages.
Des mots qui pèsent plus qu'une récompense
Dans sa prise de parole, Ben Hania a exprimé percevoir cette distinction davantage comme un fardeau que comme une consécration, déclarant : « Je ressens de la responsabilité plutôt que de la gratitude ». Son discours s'est ensuite orienté vers le contenu de son film et le contexte qui l'a fait naître.
Le récit suit les efforts de secours du Croissant-Rouge Palestinien et les heures durant lesquelles la petite Hind Rajab, âgée de cinq ans selon les reconstitutions rapportées, est restée piégée dans une voiture à Gaza en 2024.
Un refus comme acte de conscience
Les propos les plus incisifs ont directement relié le sort de l'enfant au cadre politique du conflit : « Ce qui est arrivé à Hind n'est pas une exception. Cela fait partie d'un génocide ». Elle a poursuivi : « Ce soir, à Berlin, des personnes ont fourni une couverture politique à ce génocide en reformulant le massacre de civils comme de l'autodéfense, comme des circonstances complexes. En dénigrant ceux qui manifestent ».
C'est dans cette logique que la réalisatrice a justifié son refus du trophée : « Ce soir, je ne ramènerai pas ce prix chez moi. Je le laisse ici comme rappel. Et quand la paix sera poursuivie comme une obligation légale et morale, enracinée dans la responsabilité pour génocide, alors je reviendrai et je l'accepterai avec joie ».
Un festival sous haute tension
Cet épisode s'inscrit dans un climat déjà électrique autour du festival. Les jours précédents, l'auteure Arundhati Roy a annoncé son retrait de la Berlinale après des déclarations attribuées au président du jury Wim Wenders selon lesquelles le cinéma devrait « rester en dehors de la politique », des propos jugés inacceptables par Roy.
Une lettre ouverte signée par des grands noms
Mardi, une nouvelle controverse a éclaté : plus de 80 professionnels du secteur, parmi lesquels Javier Bardem, Tilda Swinton et Adam McKay, ont signé une lettre ouverte qui reproche à la Berlinale son « silence » sur Gaza et conteste des formes présumées de censure envers ceux qui prennent position.
Cette succession d'incidents révèle les fractures profondes qui traversent aujourd'hui le monde du cinéma international face aux conflits géopolitiques contemporains.













