Une série oubliée qui méritait une bien meilleure chance
Il y a environ 27 ans, une série télévisée de science-fiction voyait le jour avec une ambition rare : mêler les grandes conspirations gouvernementales à la comédie dramatique aux accents procéduraux. Cette série, c'est Now and Again, diffusée sur CBS. Brillante, captivante, elle fut pourtant annulée au terme d'une unique saison presque parfaite. Pour comprendre pourquoi, il faut revenir au début.
Un homme ordinaire dans une situation extraordinaire
L'histoire commence avec Michael Wiseman, incarné par John Goodman, un cadre sans histoires d'une compagnie d'assurance, mari aimant et père attentionné. Un matin banal, il embrasse sa femme Lisa (Margaret Colin) et sa fille Heather (Heather Matarazzo) avant de partir au travail. Sa journée tourne rapidement au vinaigre lorsqu'il apprend qu'une promotion lui a été refusée pour avoir refusé de contester des indemnisations versées à des victimes d'un accident. Amer et déçu, il sort boire un verre avec son ami Roger (Gerrit Graham)… et quelques heures plus tard, il meurt, poussé sur les rails du métro par une tragique série de circonstances. Du moins, c'est ce que tout le monde croit.
Un nouveau corps, une nouvelle identité, un même cœur
À son réveil, Michael se retrouve face au docteur Theodore Morris, interprété par Dennis Haysbert, qui lui annonce avec un calme déconcertant que ses funérailles ont déjà eu lieu. La vérité est encore plus stupéfiante : le gouvernement a investi des milliards pour concevoir un corps humain synthétique parfait — aussi rapide que Michael Jordan, aussi fort que Superman, aussi agile que Fred Astaire — mais ce corps était incapable de développer un cerveau. Les responsables du projet ont alors eu l'idée de récupérer celui de Michael pour le greffer dans ce nouvel organisme.
Ce privilège extraordinaire a cependant un prix exorbitant. Michael doit accepter de rester officiellement mort et de ne plus jamais recontacter quiconque de son ancienne vie. La révélation finale se produit devant un miroir, où il découvre qu'il arbore désormais le visage d'un homme plus jeune et athlétique, joué par Eric Close.
Le vrai moteur émotionnel de la série
La tension permanente entre le devoir de servir une obscure agence gouvernementale et l'envie irrépressible de retrouver sa famille constitue le véritable moteur émotionnel de la série. Michael n'hésite pas à briser les règles, contactant en secret Lisa, Heather et Roger, tandis qu'autour de lui se resserre un réseau de mensonges, de secrets et de menaces, personnifié notamment par l'inquiétant terroriste Eggman (Kim Chan).
Une satire sociale aussi drôle que poignante
Now and Again parvient à raconter son histoire avec une intelligence remarquable, tout en se révélant à la fois divertissante et étonnamment touchante. Un épisode particulièrement emblématique montre Lisa se heurter à l'absurdité kafkaïenne du système : l'assurance refuse de verser la police vie de Michael, tandis que les services sociaux ne lui proposent que des emplois sous-payés, insuffisants pour subvenir à ses besoins. C'est une satire acerbe et lucide, qui illustre parfaitement comment la série utilisait la science-fiction comme prisme pour éclairer des problèmes bien réels, encore d'actualité aujourd'hui.
Un cliffhanger sans réponse et un héritage intact
Annulée après une seule saison et conclue sur un immense cliffhanger sans résolution, Now and Again reste l'un des exemples les plus frappants de séries interrompues trop tôt. Des années après sa diffusion, elle prouve encore à quel point elle était en avance sur son temps — et combien son absence dans la mémoire collective du petit écran constitue une véritable injustice.













