Il y a une idée fausse qui revient souvent : que Hamnet existerait pour expliquer comment Shakespeare a écrit Hamlet. Non. Ce serait réduire un récit riche, complexe, tragique, à un simple « making-of » historique. Et c’est exactement ce que certaines critiques semblent faire — comme si le film ou le livre de Maggie O’Farrell n’étaient que des notes explicatives pour le dramaturge anglais.
L’œuvre n’a pas pour but d’être littéralement historique. Il n’y a pas de preuve que la mort du fils de Shakespeare ait inspiré Hamlet. Les chercheurs s’accordent là-dessus. Ce qui compte, c’est l’art lui-même, la manière dont il transforme le deuil en catharsis, la manière dont il nous fait ressentir l’irréversible, la perte.O’Farrell et Zhao : l’imagination avant tout
Le roman de Maggie O’Farrell est un bijou de langage et d’imagination, comparable à The Great Gatsby ou 1984 par sa profondeur et sa richesse. Il ne mentionne même pas Shakespeare, et pourtant il plonge le lecteur dans un monde où la vie peut devenir matériau de fiction, théâtre ou scénario.
Puis il y a Chloé Zhao, dont l’adaptation minimaliste célèbre l’imagination de l’auteure tout en rendant hommage à Shakespeare. On y voit un écrivain qui lit attentivement, critique doucement, rend hommage à l’œuvre et à la vie du dramaturge — ses absences, ses erreurs, la perte de son fils — pour montrer comment naît l’inspiration.
Une célébration du deuil et de l’art
Regarder ou lire Hamnet, c’est s’immerger dans la puissance de l’art pour exprimer le deuil. Jessie Buckley incarnant la douleur d’une mère, c’est un rappel de ce que les histoires peuvent faire pour nous — pourquoi elles sont nécessaires, pourquoi nous avons besoin de partager ces émotions ensemble.
L’œuvre ne se réduit pas à une interprétation politique ou sociale. Bien sûr, certains pourraient vouloir la lire comme un manifeste féministe, ou un parallèle avec Shakespeare in Love, mais la force de Hamnet est ailleurs : dans le deuil universel, dans la manière dont il nous emporte, nous transforme et nous relie à l’humanité des personnages.
La course aux Oscars
Dans la catégorie scénario adapté, Hamnet devrait théoriquement éclipser d’autres films comme One Battle After Another. Le scénario est poignant, rare, et offre une catharsis presque inégalée au cinéma, comparable à Terms of Endearment. Mais la logique des prix est capricieuse. Les autres concurrents — Bugonia, Train Dreams — sont présents, mais Hamnet reste le favori. La victoire aux Oscars semble presque inévitable.
C’est cette puissance émotionnelle qui distingue Hamnet : pas le fait d’« expliquer » Shakespeare, mais de montrer ce que l’art peut faire face à la douleur, face à la perte. Et dans ce domaine, peu de films atteignent un tel niveau.









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