Robert Duvall s’éteint à 95 ans

Robert Duvall s’éteint à 95 ans

À 95 ans, Robert Duvall s’en est allé. Et il suffit de prononcer son nom pour que surgisse immédiatement une phrase : « J’aime l’odeur du napalm au petit matin. » Dans Apocalypse Now, torse nu, Stetson vissé sur la tête, perdu dans cette lumière orange presque irréelle, il transformait l’horreur en déclaration absurde sur « l’odeur de la victoire ». Une scène qui a traversé les décennies sans perdre sa force.

On le revoit aussi plus sobre, plus contenu, en Tom Hagen, le consigliere des Corleone dans The Godfather. Deux registres opposés, même présence. Duvall est indissociable des sommets de Francis Ford Coppola, avec qui il collabore dès The Rain People puis dans The Conversation. Coppola le décrivait comme l’un des trois ou quatre meilleurs acteurs au monde.

Plus de 140 rôles, et bien plus

Le résumer à ces films serait injuste. Il a tourné dans plus de 140 œuvres, cinéma et télévision confondus. Il a même réalisé, à commencer par un documentaire sur une famille de rodéo, We’re Not the Jet Set.

Le western lui allait naturellement. Il portait le Stetson comme s’il était né avec. On le voit dans True Grit, face à John Wayne, ou plus tard dans Open Range aux côtés de Kevin Costner. À la télévision, la série Lonesome Dove lui offrait le rôle de Gus McCrae, Texas Ranger fatigué et lucide — son préféré, disait-il.

L’Oscar, il l’a obtenu pour Tender Mercies, où il incarnait le chanteur country Mac Sledge. Il y chantait lui-même plusieurs morceaux. Un film discret, presque intime, devenu culte pour les amateurs de country. C’est la seule fois qu’il a tenu la statuette dorée.

Nominations, oublis et surprises

Il avait pourtant été nommé six autres fois. Comme acteur principal pour The Apostle, qu’il avait écrit et réalisé lui-même, et pour A Civil Action. Comme second rôle pour The Judge ou d’autres drames judiciaires.

Étonnamment, aucune nomination pour son rôle du cynique dirigeant télé dans Network de Sidney Lumet, où il lançait cette phrase sèche : la télévision est une industrie où tout dépend des audiences hebdomadaires. On dirait qu’il parlait d’aujourd’hui.

Parmi ses trophées, un Stalin* lui valut un Golden Globe, grimé en dictateur soviétique, moustache épaisse et cheveux postiches. Rare moment où on l’a vu avec une chevelure fournie. La calvitie l’avait frappé tôt : dans To Kill a Mockingbird, son premier film, il n’avait pas encore trente ans.

Les débuts et les amitiés

Né à San Diego, ancien militaire, il part à New York pour devenir acteur. Il partage un appartement avec deux inconnus à l’époque : Gene Hackman et Dustin Hoffman. Amitié durable, née avant la gloire.

Il débute au théâtre, au Gateway Playhouse de Long Island, passe par la télévision, puis le cinéma grâce au dramaturge Horton Foote. Leur collaboration marquera plusieurs films, dont Tender Mercies.

Impossible de tout citer : MASH, THX 1138, True Confessions, Days of Thunder, The Paper. La liste déborde.

Marié quatre fois, sans enfants — il plaisantait en parlant de « balles à blanc ». Une formule sèche, à son image : un mélange de rudesse et d’ironie. Une carrière immense, souvent en retrait, mais impossible à ignorer.

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