Oscars

Les Oscars ne sont pas une méritocratie – il existe une formule complexe pour gagner

Chaque mois de janvier, Hollywood est envahi par un vaste jeu de prédictions autour des Oscars, dans lequel studios, critiques et commentateurs participent tous à façonner le débat.

Mais choisir un vainqueur est plus compliqué que de simplement reconnaître le mérite artistique d’un film. Les Oscars sont décidés par un large groupe de pairs composé d’environ 10 000 membres de l’Académie, qui votent confidentiellement pour leurs collègues dans leur domaine spécialisé. Tous les membres éligibles peuvent toutefois voter pour le prix du Meilleur film.

À une époque où presque chaque grand film est soigneusement emballé et commercialisé pour générer du profit, prédire un gagnant aux Oscars semble relever d’une science complexe.

La manière la plus importante pour un film de se positionner comme candidat repose sur son statut de film « de prestige ». Ce statut est obtenu grâce à des thèmes sérieux, un calendrier de sortie stratégique, l’approbation des critiques et beaucoup de lobbying.

Qu’est-ce qui donne du prestige à un film ?

Les films de prestige abordent généralement des sujets qui touchent particulièrement les votants de l’Académie, comme l’injustice, les relations intenses ou le triomphe de l’esprit humain.

Cette orientation thématique apparaît clairement dans plusieurs anciens lauréats de l’Oscar du Meilleur film, notamment The King’s Speech (2010), 12 Years a Slave (2013), Philadelphia (1993) et Schindler’s List (1993). Le seul gagnant relativement récent qui semblait rejeter délibérément ces codes était No Country for Old Men (2007).

Les principaux prétendants de cette année présentent également ces tropes reconnaissables. Par exemple, Hamnet se concentre sur les malheurs de la vie familiale tragique de William Shakespeare.

Pendant ce temps, Sinners — qui a obtenu un nombre record de 16 nominations — est un mélange captivant de genres, combinant horreur surnaturelle et injustices historiques subies par les Afro-Américains. Son originalité en fait un candidat sérieux pour le prix du Meilleur scénario original.

Timing, marketing et reconnaissance préalable

Le moment de la sortie d’un film reste un élément clé de son statut de prestige. La plupart des films nommés aux Oscars sortent entre septembre et décembre, ce qui les garde frais dans l’esprit des votants pendant les périodes de nomination et de vote.

La reconnaissance critique compte également énormément. Les votants ont souvent tendance à suivre le mouvement et privilégient donc les films qui ont déjà triomphé lors d’événements importants comme le Festival de Cannes.

La course au Meilleur acteur cette année montre également comment des nominations précédentes manquées de peu, ainsi que le succès commercial, peuvent créer un élan favorable pour un acteur.

Timothée Chalamet a déjà été nommé auparavant pour A Complete Unknown (2024) et Call Me by Your Name (2017), et a reçu de nombreux éloges pour son travail dans la franchise à succès Dune. Cela fait de lui un sérieux prétendant au prix du Meilleur acteur cette année, même si son personnage dans Marty Supreme est un opportuniste parasitaire peu sympathique.

De même, le favori Paul Thomas Anderson semble bien placé pour remporter le prix du Meilleur réalisateur après onze nominations précédentes dans différentes catégories. Son film One Battle After Another s’inscrit aussi dans l’air du temps. Les actualités actuelles sur les raids de l’ICE, les centres de détention pour migrants et les répressions policières lui donnent une résonance particulière.

Le potentiel de victoire aux Oscars dépend également de ce que les professionnels de l’industrie appellent le « buzz positif ». Créer ce buzz est une opération stratégique et coûteuse, financée par les grands studios, qui propulse certains films dans la course aux récompenses.

Barbie (2023) de Greta Gerwig en est un bon exemple. Il est rapporté que Warner Bros. a égalé le budget de production du film avec un budget marketing tout aussi important et a obtenu plus de 100 partenariats avec des marques. La « pinkification » a dominé les réseaux sociaux et a positionné le film comme culturellement très pertinent.

Les studios semblent adopter une stratégie similaire pour la sortie prochaine de The Devil Wears Prada 2.

Réseaux et lobbying

Les réseaux professionnels permettent à certains films de bénéficier de ce que le sociologue américain Robert K. Merton appelait « l’avantage cumulatif ». Dans ce contexte, ce principe explique comment des talents déjà établis attirent des collaborateurs prestigieux, produisant des films que les votants de l’Académie sont plus susceptibles de prendre au sérieux — et donc de soutenir. En conséquence, le succès aux Oscars tend à se concentrer dans les mêmes cercles d’élite.

La nouvelle catégorie « Achievement in Casting » introduite par l’Académie illustre bien comment cet avantage collaboratif se manifeste dans les films réunissant des acteurs de premier plan.

La présence marquante de Leonardo DiCaprio dans One Battle After Another en est un exemple, tout comme la collaboration continue entre le réalisateur Yorgos Lanthimos et l’actrice Emma Stone. Le personnage froid et calculateur de Stone dans Bugonia s’éloigne de ses rôles plus empathiques, tandis que le père antihéros imparfait incarné par DiCaprio diffère également de ses précédents rôles de premier plan.

Lorsque des acteurs célèbres jouent à contre-emploi, ils suscitent des conversations qui amplifient la visibilité du film et créent des sujets de discussion pendant la saison des récompenses.

Le lobbying joue également un rôle. Le lobbying direct consiste en des stratégies de relations publiques visant à ancrer un film dans la conscience du public et, surtout, dans l’esprit des votants de l’Académie. Cela peut inclure des annonces destinées à l’industrie, des articles de magazines, des projections privées, des avant-premières, des invitations gratuites ou des événements spéciaux comme des séances de questions-réponses.

Il existe aussi une forme de lobbying indirect, parfois encore plus efficace pour diffuser des récits favorables à un film ou pour discréditer ses concurrents.

La victoire de Shakespeare in Love face à Saving Private Ryan pour l’Oscar du Meilleur film en 1999 reste l’exemple le plus célèbre d’une campagne agressive capable de l’emporter sur le mérite artistique. Dans ce cas, la campagne était soutenue par Harvey Weinstein, alors à la tête de Miramax, qui avait notamment dénigré Saving Private Ryan auprès de journalistes.

La prédiction des Oscars reste donc une science qui combine art, commerce, marketing et — dans une certaine mesure — mérite. C’est une loterie éblouissante qui récompense non pas forcément le « meilleur » d’Hollywood, mais le plus « probable ».

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